Restauration et vente de meubles anciens

Présentation d'un atelier d'ébénisterie d'art. Dossiers de restaurations de meubles des XVIIIe et XIXe siècles Conseils techniques. Conseils d'achat et d'entretien. Vente en ligne.

Conseils pour l'achat et la restauration considérant l’état actuel du marché des meubles anciens

Publié le 10 Septembre 2016 par Fournier in Conseils d'achats et d'entretien

Suite aux récents scandales dévoilés dans la presse impliquant experts renommés, commissaires-priseurs et collaborateurs de grandes maisons de ventes (voir revue de presse en fin d’article), il semble intéressant de donner quelques pistes pour éviter les désagréments.

S’il y a des faux sur un marché, c'est que cela est très rentable. Aucun intérêt pour un escroc de faire fabriquer un meuble XVIIIème ou XIXème classique. Financièrement ce ne serait pas intéressant vu le temps à passer et les contraintes de fabrication et le prix de vente final (il faudrait déjà trouver le bois ancien nécessaire à la construction). On voit bien dans les récentes affaires que les faux doivent être exceptionnels pour que ce « business » puisse fonctionner,

Surtout, il faut être très vigilant en ce qui concerne les créations des designers du XXème siècle aujourd'hui très prisés et dont les prix s'envolent (voir meubles Perriand, Prouvé), En effet, il est beaucoup moins coûteux et compliqué techniquement de reproduire ce style de meuble plutôt qu'un meuble XVIIIème ou XIXème : structures métalliques soudées, simples panneaux de contreplaqué avec placage tranché facilement trouvable. L'idéal pour un faussaire ! Pas de problème pour trouver les matériaux, un temps de fabrication négligeable et des prix de vente juteux !

Le certificat d’authenticité

Celui-ci doit être très précis indiquant les essences de bois employées, les dimensions exactes et l’époque du meuble.

Si des restaurations récentes ont été effectuées, un dossier photo de celles-ci doit être joint (photos avant et après restaurations détaillant les travaux effectués).

Anecdote : il m’est arrivé de voir un certificat fait par un expert indiquant des essences de bois qui n’existaient pas sur le meuble, ses dimensions étaient erronées et l’époque de fabrication annoncée ne correspondait pas à la réalité (le meuble XIXe était annoncé XVIIIe). La cliente a souhaité faire reprendre le meuble au professionnel vendeur mais le certificat d’expert, fait à la vente, n’avait aucune valeur et la cliente a dû garder son meuble XIXème payé le prix d’un XVIIIème. Pour gérer le litige, il aurait fallu faire faire une contre-expertise par un autre expert allant contre son confrère. Pas simple !

On constate aujourd’hui qu’une provenance d’exception annoncée ou une étiquette font directement monter le prix du meuble. Ceci doit être vérifié et prouvé.

Conseil n°1 : ne vous laissez pas impressionner par une étiquette collée sur un meuble ou par une vente aux enchères dans un lieu de prestige. Si vous allez à la visite d’une vente aux enchères dans un château, soulevez les tableaux accrochés aux murs pour voir si les traces de patine des murs correspondent bien.

Les estampilles et les attributions

Il arrive de voir sur le marché des meubles estampillés ou attribués à des ébénistes reconnus mais qui ne sont pas du tout dans la façon de faire de l’ébéniste. Donc, la présence d’une estampille ou d’une attribution donnée ne garantit pas l’authenticité de l’objet.

Conseil n°2 : N’hésitez pas à consulter les très bons ouvrages suivants. Ils vous permettront de vérifier la cohérence de l’estampille ou de l’attribution :

  • Jean NICOLAY : "L'art et la manière des Maîtres ébénistes français du XVIIIe siècle", ed. Pygmalion
  • Pierre KJELLBERG : "Le mobilier français du XVIIIe siècle : dictionnaire des ébénistes et des menuisiers" (2 tomes), Les éditions de l'amateur
  • Denise LEDOUX-LEBARD : "Le mobilier français du XIXe siècle : dictionnaire des ébénistes et des menuisiers" (2 tomes), Les éditions de l'amateur
  • Françis de SALVERTE : "Les ébénistes du XVIIIe : leurs oeuvres et leurs marques", ed. De Nobele
  • François GERMOND : "L’ébéniste restaurateur", ed. Armand Colin
  • André MAILFERT : "Au pays des antiquaires : confidences d'un maquilleur professionnel", ed. Flammarion

Les meubles « améliorés »

Il y a sur le marché de nombreux meubles ayant été « améliorés », rendus « exceptionnels » par des interventions telles que « refleurissement de marqueterie », ajout de bronzes, de tournage d’ivoire, etc…

Par exemple, un meuble d’époque avec un décor classique en frisage devient, après refleurissement de marqueterie, un meuble marqueté de bouquets de fleurs sur un fond en frisage. Ceci est beaucoup plus simple à réaliser que la fabrication complète d’un faux meuble ancien, le bâti est d’origine, le placage de fond et les bronzes également mais, les fleurs, les oiseaux et les papillons qui en font un meuble exceptionnel ne sont pas d’origine.

Conseil n°3 : ne vous contentez pas des paroles d’un vendeur (marchand, commissaire-priseur). Ce qui est dit doit être écrit.

Si des dossiers photos étaient obligatoires pour montrer les restaurations effectuées de nombreux meubles anciens seraient retirés du marché.

Les arguments des vendeurs

Avec la baisse conséquente des prix des meubles, de nombreux professionnels vendent dans l’état (« bon état de maison, dans son jus, bon état de conservation vu l’âge ») afin d’économiser le prix des restaurations et, s’ils font faire des travaux, ceux-ci sont faits à l’économie et on parle alors de « maquillage ». Le meuble parait en état correct, voire « pimpant » mais la tenue dans le temps sera courte. Étant donné que le meuble sera présenté comme vendu dans son jus, il n’y aura aucun recours possible.

Si le meuble présente quelques accidents (manque de placage, décollage, etc…), les vendeurs sous-estimeront systématiquement le prix des travaux et la surprise sera grande quand vous demanderez un devis de restauration à un professionnel.

Un peu de vécu : dans une vente de prestige d’une grande maison de vente parisienne, il y avait une commode Louis XIV en marqueterie Boulle. A la visite, je regardais cette commode quand un client intéressé a demandé des précisions au commissaire-priseur. Celui-ci a répondu : « Monsieur, c’est une pièce exceptionnelle, en parfait état. Vous la mettez chez vous et vous l’admirez. » En fait, la marqueterie se décollait entièrement et des partie étaient prêtes à tomber par terre. Le meuble nécessitait une restauration complète d’environ 15 000 €. Cette commode a été vendue 45 000 € sans les frais !

Conseil n°4 : demandez l’avis d’un professionnel de la restauration avant un achat.

En conclusion, les prix de vente ont certes considérablement baissé mais, si vous êtes très content d’un achat par rapport au prix payé, il faut savoir qu’un travail sérieux de restauration pourra coûter plus cher que le prix d’achat du meuble. Ainsi, si vous trouvez un secrétaire XIXe à 100 € sur un site de vente Internet très connu, il faut bien vous dire qu’un revernissage complet avec quelques restaurations d’usage pourra coûter facilement 1000 € voire plus. Tout dépend du tarif de l’ébéniste, des interventions à effectuer sur le meuble et de l’état de celui-ci.

Il est agréable de se dire que l’on a réalisé une bonne affaire, « on a fait un coup » mais la qualité à un prix trop bas indique souvent des problèmes de qualité.

La tendance étant ce qu’elle est aujourd’hui, c’est peut-être le moment d’acheter un meuble de qualité. N’hésitez pas à demander conseil à un professionnel de la restauration avant tout achat. Quand j’ai un problème mécanique sur mon véhicule, je préfère en parler avec le mécanicien plutôt qu’avec le vendeur.

Conseil n°5 : demander l’avis d’un professionnel de la restauration

Il ne faut pas oublier que c’est le rapport qualité-prix qu’il faut regarder plus que le simple prix.

Pour terminer avec les nombreuses affaires actuelles concernant l’authenticité de certains meubles, rappelez- vous ce proverbe chinois : « le poisson pourrit toujours par la tête » !

Sur ce, bonne chine et bons achats !

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